Écrire et avoir faim
Toute œuvre est une biographie déguisée de son auteur. C’est un cliché, certes, or ici c’est tellement le cas que je préfère commencer par le prétendre. Chaque nouvelle déploie une sensation. Je dirais même, une gifle. J’en ai quelques-unes dans ma collection. Je parle de gifles. Celles données, celles reçues. Deux tas sympathiques dans mon coffre-fort intime. La plupart de ces écrits ont pour ventre des trains dans la nuit. L’urgence (le train) et l’isolement (la nuit), les deux mamelles de ma littérature. Pour le reste, il suffisait de décrire les démons à ma poursuite. Je ne sais pas si c’est le cas pour les vôtres, mais les miens sont ultra-expressifs. Il suffit de les regarder et toutes sortes d’histoires me viennent. Je ne vous donnerai pas leurs noms. Je ne suis pas une poucave. À vrai dire, le plus compliqué, c’est l’honnêteté. Et quand je parle d’honnêteté, mon propos n’est pas moral, mais esthétique. Un mensonge en phrase, ça finit par sauter aux yeux. Attention, ce n’est pas aussi simple de s’en débarrasser ; le mensonge est un brouillon utile. Il nous rassure, comme la flaque sur laquelle apparaît en reflet le bon chemin. Et puis la posture. Je me suis d’abord dit qu’il fallait refuser toute posture. Là encore, ce n’est pas aussi simple. Cette chose ridicule est parfois utile. Avant de devenir, nous faisons semblant d’être. Il y a dans cette succession de textes bien des fois où je me suis surpris à devenir quelqu’un d’autre, et de manière définitive. Je commençais une phrase en étant une version de moi-même et je la finissais en étant une autre version de moi-même. Un peu de science-fiction, ça ne fait pas de mal ?













