Jérôme d'Estais

Dominique MEYER

Jérôme d’Estais vit entre Berlin et Paris. Il est l’auteur de romans et de nombreux essais autour du cinéma. En 2021, son ouvrage sur Leos Carax a reçu le Prix Transfuge. Il est également scénariste et critique de cinéma

Solange, Serge ou Zazie sont des personnages de roman. Quand il avait un jour demandé à Zazie de Paris, comète des nuits parisiennes et berlinoises, flamboyante artiste transsexuelle aux multiples facettes, ayant croisé sur son Walk of Fame, Maurice Béjart, Werner Schroeter, Isabelle Huppert ou Quentin Tarantino, avant de devenir cette présence récurrente et rassurante du Tatort germanique et familial du dimanche soir, si elle accepterait qu’un roman retrace sa vie, celle-ci avait répondu au jeune auteur devant elle : « Oui, mais avec une forme comme Ingrid Caven ». Digressions, collage et montage vont guider celui qui est bien décidé à écrire le conte d’un personnage bigger than life lui ayant confié les rênes du récit de sa vie. 

Passant d’une vie à l’autre, d’un flash-back à un flashforward, de Serge à cette auto-création fusionnant Zsa Zsa Gabor, Zizi Jeanmaire et la petite héroïne de Raymond Queneau, de Zazie à Solange, les souvenirs de l’héroïne dérivent d’une ville à l’autre, de Jérusalem, à la fin des années 40, à Montreuil la rouge, des fumeries d’opium de Tokyo au Schiller Theater de Berlin qui la propulse muse de Peter Zadek, en passant par les cabarets parisiens de travestis des années 60 ou les premières discothèques de Mykonos où elle reçoit la Princesse Soraya.

Comment raconter une vie de roman, une existence tellement plus fictive que la réalité ? En la construisant, avec l’aval de celle qui la vit, dans les blancs du récit, dans le hors champ, dans les refus et les absences de la mémoire, en faisant confiance aux pouvoirs de l’imagination et de la littérature pour atteindre au plus près, au plus juste, une vérité.



Parution : 1er juillet 2025 


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 Communiqué de presse


Recension d'Ange solitaire dans le Monde libertaire, par Patrick Schindler

https://monde-libertaire.net/?articlen=8917&article=En_avril_le_rat_noir_ne_se_decouvre_pas_au_fil_de_la_lecture



« Comment s’y prend-on pour raconter une vie de roman, une vie plus fictive que la réalité ? » C’est ce qu’a tenté de faire l’écrivain-journaliste du cinéma Jerôme d’Estais, dans Ange solitaire (éd. Douro).
Nous sommes à Berlin. Thomas, le « narrateur » de cet essai tente de prendre rendez-vous avec la mythique Zazie. Fille d’immigrés communistes juifs, née à Paris dans les années 40. Personnage polymorphe, égérie des nuits berlinoises. Dix-huit jours pour arriver enfin à fixer un jour, une date ! Tandis qu’il se décourage, ses amis lui disent de persévérer « Sois patient, quelle vie elle a eu, tu sais, la transsexualité … Grouille-toi avant qu’un autre te pique le sujet, avant qu’elle meure, comme disent les plus cyniques » !
Thomas se souvient du jour où elle a reçu la légation des Chevaliers des Arts à l’ambassade de France de Berlin, le 7 mai 2019. Lors d’un discours elle relia certains moments de sa vie « les champs et les hors-champs, le visible et l’invisible, exhibée de Mykonos à Bâle devant des Verdurins helvètes ».
C’est à partir de ce premier souvenir que nous allons voyager un peu partout avec Zazie - lorsqu’elle était encore « il » - tandis qu’à l’âge de six ans, elle rejoignit son père à Paris, chez sa grand-mère qui ne parlait que le yiddish « souvenir d’un pays où alors, tout le monde cherchait la paix ». Nous suivrons Zazie, partie sur les pas de Zazie dans le métro de Raymond Queneau puis à quinze ans, fervente d’un théâtre de MJC à Montreuil. Nous suivrons son évolution, autant d’étapes que son amour de la rigueur imposée par la danse et la musique classique et son amour de Chopin. Puis, il y aura le beau Serge ; les fumeries d’opium au Japon ; les danseurs de NO qui l’inspirent, avant son retour à Paris, transformée en Solange à l’Alcazar et plus tard dans les milieux punks et underground de Berlin.